Laurence Ferry
Comprendre

La graphothérapie

Ce qu’est cette rééducation du geste d’écriture, à qui elle s’adresse, et pourquoi l’écriture à la main compte autant.

La définition

Ce qu’est la graphothérapie

Cette rééducation fine du geste graphique s’appuie sur la détente du geste et s’exerce dans le cadre confiant d’une écoute et d’une aide individuelle.

Cet ensemble de techniques vise à aider les enfants, adolescents, étudiants ou adultes qui rencontrent des troubles simples de l’écriture, des blocages ou des problèmes plus importants de dysgraphie.

Certains peuvent être gauchers, d’autres intellectuellement précoces ou tout simplement pas encore prêts pour acquérir toutes les subtilités de ce geste d’écrire qui peut paraître simple, courant, mais qui en fait est plus complexe qu’il n’y paraît et peut entraîner beaucoup de souffrances lorsqu’il n’est pas maîtrisé.

Il n’est pas question de faire des lignes d’écriture (cela fixe le problème), mais de restaurer de façon ludique les gestes d’inscription et de progression fondamentaux, se détacher de la forme de la lettre en travaillant le mouvement, pour s’exprimer à l’écrit avec aisance et facilité, trouver ou retrouver une écriture fluide, lisible, rapide et qui correspond à chacun.

En supprimant les remarques et observations négatives et en voyant ses progrès, l’enfant reprendra confiance en lui, ce qui l’aidera dans sa scolarité et dans la construction de son estime de soi.

Mais attention, il ne s’agit pas de modifier le style de l’écriture qui reste le reflet de la personnalité.

Le trouble de l’écriture

La dysgraphie

La dysgraphie n’est aucunement liée au niveau intellectuel du scripteur. Contrairement à ce que l’on peut croire, le geste scripteur n’est pas inné mais il s’acquiert au même titre que l’apprentissage de la lecture.

Un trouble graphique n’est pas forcément une dysgraphie. C’est au graphothérapeute d’utiliser des tests étalonnés pour déterminer si l’écriture est fonctionnelle ou non, se prononcer en faveur d’un simple trouble graphique ou d’une écriture présentant les signes d’une dysgraphie.

Lorsque l’écriture ne parvient pas à se structurer de façon efficace en dépit d’un apprentissage adapté, on parle de dysgraphie.

La dysgraphie peut avoir différentes origines et présenter des formes variées :

  • Elle peut se présenter comme un trouble des apprentissages, isolé ou en association avec d’autres, par exemple dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, troubles de l’attention, hyperactivité...
  • Sont également concernés les enfants précoces, car il existe un décalage entre la maturité intellectuelle et le développement psycho-affectif et psychomoteur.
  • Les enfants à haut potentiel, car ils ont l’esprit vif, curieux, et le travail de l’écriture, qui demande une réelle concentration, les ennuie.
  • La dysgraphie peut être liée à l’absence de scolarisation en maternelle (schéma corporel, latéralisation, situation dans le temps et l’espace... non acquis).
  • Elle est liée à des troubles fonctionnels. Elle atteint l’écriture dans sa lisibilité, sa vitesse et son aisance.

Elle engendre souvent des sentiments d’échec et de manque de confiance en soi et entraîne parfois des troubles du comportement. Elle peut apparaître à tout moment de l’apprentissage, dès le début de la scolarité, mais aussi un peu plus tard lorsqu’une augmentation du rythme est demandée ou suite à un événement, une pathologie ou un accident.

La dysgraphie est une anomalie du mouvement cursif, de la conduite du trait, qui se traduit par des difficultés de coordination, des irrégularités d’espacements entre les lettres et les mots, des malformations et des discordances multiples, souvent accompagnées d’une qualité du trait défectueuse.

Quelques lignes manuscrites d’un enfant dysgraphique : lettres déformées et inégales, mots tantôt serrés tantôt espacés, lignes qui montent vers la droite.
Un exemple d’écriture dysgraphique.

Les 5 types de dysgraphie

(DYS = Difficultés, Graphie = écriture)
  • Raide

    Crispation, tension, écriture anguleuse, changements brutaux de direction.

  • Molle

    Formes incertaines, trait relâché, impression de négligence, écriture qui ondule.

  • Impulsive

    Rapidité, gestes lancés, écriture précipitée pouvant être illisible.

  • Maladroite

    Écriture instable, discontinue, faite de multiples retouches : le trait est de mauvaise qualité, les formes sont lourdes et les lettres mal proportionnées.

  • Lente et précise

    Trop de précision, trop d’efforts.

La dysgraphie, comme trouble qui atteint la personne de façon persistante, est un diagnostic médical.

Chez l’enfant et l’adolescent

Les signes qui doivent vous alerter

Durant toute sa scolarité, l’enfant ou l’adolescent est évalué sur son écriture, sa vitesse, le soin apporté à son travail et sa capacité à finir ses contrôles dans les temps.

  • Votre enfant est en CP et ne parvient pas à entrer dans l’écrit
  • Son écriture est illisible partiellement ou totalement
  • Sa vitesse de scription est inappropriée, trop lente, trop appliquée ou précipitée
  • Son geste graphique n’est pas automatisé
  • Il a une mauvaise posture et tient mal son crayon
  • Il manque de tonicité digitale ou ressent une crispation excessive
  • Son trait est sale, trop appuyé ou tremblé, ses cahiers sont très raturés
  • La forme de ses lettres est cabossée
  • On observe une irrégularité des proportions
  • Son écriture est trop grande ou trop petite
  • On note une difficulté à écrire sur la ligne, une mauvaise gestion des espaces
  • Il ressent des douleurs en écrivant (au poignet, à la main, au bras)
  • Il se fatigue rapidement
  • Les devoirs deviennent un combat de forces, avec frustration et découragement
  • D’autres « Dys » associés (dysorthographie, dyslexie...)

Auxquels peuvent être associés de façon plus large :

  • Il ressent une certaine anxiété, voire un blocage à l’idée d’écrire
  • Il manque de confiance en lui
  • Il rejette des activités scolaires

Un enfant qui écrit mal ne le fait jamais exprès !

Pour en savoir +

L’enfant ou l’adolescent qui mobilise beaucoup d’énergie pour écrire et obtient des résultats souvent décevants, se sent stressé à l’idée de produire un écrit et met en place des stratégies pour repousser ou éviter cet écrit. Cela a des répercussions sur ses résultats scolaires : le cerveau de l’enfant ou de l’adolescent est totalement accaparé par le tracé et ne peut lui permettre de se concentrer sur les autres tâches : construction de ses idées, orthographe, grammaire, etc. Petit à petit, une spirale négative se met en place engendrant une perte d’estime et de confiance en soi.

Chez l’étudiant et l’adulte

Consulter pour soi

Au moment des études supérieures, la faculté de rédiger rapidement et celle de prendre des notes de façon efficace constituent deux facteurs déterminants de réussite.

Cinq lignes de texte copiées en cursive à l’encre bleue sur une feuille Seyès, avec la durée « 2 min 48 » notée en marge.
Une copie chronométrée en séance : 2 min 48 pour cinq lignes.

Pour l’adulte, dans la vie professionnelle et en situation de recherche d’emploi par exemple, l’écriture véhicule son image. Il ne se reconnaît pas dans son écriture, se sent mal à l’aise dans sa vie quotidienne ou professionnelle lorsqu’il doit laisser une trace écrite.

Les motifs de consultation

  • Des difficultés à se relire ou à être relu par d’autres
  • Prise de notes rapide difficile
  • Peur d’être pénalisé lors d’un examen ou concours
  • Des douleurs, des crispations, des tremblements ou une lenteur extrême
  • Une écriture qui n’est pas conforme à l’image qu’elle souhaiterait renvoyer (jugée trop infantile par exemple) ou qu’elle considère comme n’étant pas le reflet de sa personnalité
  • Un geste manuscrit rendu difficile par une maladie ou un accident de la main, un AVC
Pourquoi c’est essentiel

L’importance de l’écriture manuscrite

L’écriture est un moyen de transmission socialement très important, surtout pendant la scolarité. C’est un moyen de communication, sur le plan intellectuel comme sur le plan affectif.

Sur le plan intellectuel

Elle favorise les apprentissages en structurant, fixant la pensée, en développant la motricité fine et en améliorant la mémorisation : c’est ce qu’on appelle la mémoire du geste. Quand quelqu’un écrit, il enregistre le mouvement tout en étant pleinement présent, ce qui facilite la concentration, la mémorisation, l’assimilation des informations. De plus, en prenant des notes, la personne écrit et retient l’essentiel. C’est un formidable outil d’expression et de créativité qui doit rester un plaisir.

La main est « la partie visible du cerveau »

Emmanuel Kant

Cette formule illustre le lien fort entre le geste et la pensée. Écrire à la main aide en effet à mieux structurer ses idées et à stimuler l’activité cérébrale.

Main d’enfant écrivant au stylo bleu sur une feuille quadrillée intitulée « Test de départ », l’autre main posée à plat sur la feuille.
Le test de départ : l’enfant écrit au stylo, l’autre main maintient la feuille.

Sur le plan affectif

Elle permet de libérer, de canaliser les émotions. C’est un moyen de laisser une trace, une image de soi. Comme le dessin ou le gribouillis chez le tout petit, écrire c’est se décharger, exposer ce qui est en nous : on transmet par le trait ses émotions, ses fragilités. À travers sa difficulté à écrire, l’enfant traduit sa difficulté à se projeter.

L’écriture : c’est une image de soi que l’on se renvoie à soi-même et que l’on donne à voir à l’autre

J. Ajuriaguerra
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